La colique néphrétique


La colique néphrétique est une douleur aiguë, souvent très intense, provoquée le plus souvent par un calcul (un petit « caillou » formé à partir de substances présentes dans l’urine) qui se détache du rein et descend dans l’uretère (le conduit qui relie le rein à la vessie). Lorsque le calcul bloque le passage, l’urine s’accumule en amont, le rein et les voies urinaires se distendent, et cette tension provoque la douleur.
La colique néphrétique est fréquente et touche le plus souvent les adultes, avec des crises qui peuvent récidiver. Beaucoup de calculs, surtout s’ils sont petits, s’éliminent spontanément. Il est recommandé toutefois de faire contrôler la situation par un médecin, car la douleur peut aussi avoir d’autres causes, et parce qu’un calcul peut entraîner des complications, comme par exemple une infection qui peut s'aggraver rapidement.
Quels sont les symptômes ?
Une douleur brutale dans le bas du dos ou sur le côté (le « flanc »), d’un seul côté en général, souvent par vagues, qui peut réveiller la nuit.
Une douleur qui descend vers le bas du ventre, l’aine ou les organes génitaux au fur et à mesure que le calcul progresse.
De l’agitation : on n’arrive pas à trouver de position qui soulage, contrairement à beaucoup d’autres douleurs du ventre où l’on reste immobile.
Des nausées ou des vomissements.
Parfois du sang dans les urines (urines roses, rouges ou brunes), des envies fréquentes ou pressantes d’uriner, ou une gêne en urinant, surtout quand le calcul s'approche de la vessie.
On peut avoir un calcul sans voir de sang dans les urines : l’absence de sang n’exclut pas une colique néphrétique. Inversement, d’autres maladies peuvent donner des douleurs semblables.
Quand faut-il consulter en urgence ?
Appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, si vous avez une colique néphrétique avec au moins un des signes suivants :
En cas de rein unique fonctionnel, maladie rénale connue, grossesse, ou un système immunitaire affaibli consultez sans attendre les premiers symptômes. |
Un calcul qui bloque l’urine associé à une infection peut devenir grave, car l’infection peut passer dans le sang. Cette situation nécessite des antibiotiques et, souvent, un drainage du rein en urgence. N’attendez pas que la douleur passe si vous avez de la fièvre ou des frissons, si vous n’urinez presque plus ou si votre état se dégrade.
Pour une première crise, ou une douleur inhabituelle, même sans signe de gravité, il est recommandé de consulter rapidement afin de confirmer le diagnostic.
Quel bilan peut être réalisé ?
Le médecin vous interrogera sur votre douleur, vos antécédents (calculs, maladies rénales ou urinaires), vos traitements et vos allergies, puis vous examinera. Selon la situation, il peut prescrire :
Une analyse d’urine pour rechercher du sang et une infection.
Une prise de sang pour vérifier le fonctionnement des reins et rechercher des signes d’infection ou d’inflammation.
Une imagerie : l’échographie (sans irradiation) montre si les voies urinaires sont dilatées ; le scanner à faible dose, sans injection, repère le calcul, mesure sa taille et précise sa position. En cas de grossesse ou chez l’enfant, on privilégie l’échographie.
Le choix des examens dépend de votre âge, de vos symptômes et de votre état. Si vous êtes enceinte ou susceptible de l’être, il faut le signaler avant tout examen ou traitement.
Comment traite-t-on une colique néphrétique ?
Calmer la douleur et les nausées
C’est la priorité. Le traitement est adapté à votre état de santé :
Les anti-inflammatoires (AINS) sont souvent efficaces et proposés en première intention, mais ils ne conviennent pas à tout le monde : ils sont déconseillés en cas de maladie rénale grave, ulcère, saignement digestif, allergie et pendant la grossesse.
Le paracétamol peut être utilisé seul ou associé, selon la douleur. Attention aux médicaments qui en contiennent déjà : ne dépassez jamais la dose maximale prescrite.
Les antidouleurs plus forts (opioïdes) sont réservés aux douleurs sévères ou lorsque les autres traitements sont impossibles. Ils peuvent donner de la somnolence : ne conduisez pas et évitez l’alcool pendant leur utilisation.
Un médicament contre les nausées peut être envisagé si nécessaire.
Ne prenez que les médicaments conseillés pour vous, respectez les doses et les intervalles, et ne cumulez pas plusieurs anti-inflammatoires. En cas de doute, demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien. À l’hôpital, une perfusion peut être posée si vous êtes déshydraté ou ne pouvez pas boire.
Si le calcul ne passe pas tout seul
Les chances d’élimination spontanée dépendent surtout de la taille et de la position du calcul : plus il est petit et proche de la vessie, plus il a de chances de passer seul, parfois en quelques jours, parfois en quelques semaines. Quand l’état est stable, avec une douleur maîtrisée et qu’il n’y a pas d'infection ou aggravation de la fonction rénale, une surveillance à la maison avec suivi médical est souvent possible. Votre médecin peut parfois proposer un médicament destiné à faciliter l’élimination (comme un alpha-bloquant) ; son intérêt est discuté et la décision se prend avec vous.
Un geste chirurgical est nécessaire en cas d’infection, de baisse de la fonction rénale, d’obstruction qui persiste, de douleur ou de vomissements incontrôlables, ou lorsque le calcul est trop gros pour passer seul :
Le drainage (pose d’une sonde interne dans l’uretère, dite « sonde JJ », ou d’un petit tuyau dans le rein à travers la peau) pour évacuer l’urine bloquée, notamment en cas d’infection. Le calcul est traité plus tard, une fois l’infection contrôlée.
La lithotripsie extracorporelle : des ondes de choc, émises depuis l’extérieur du corps, fragmentent le calcul en petits morceaux éliminés ensuite dans les urines.
L’urétéroscopie : un endoscope fin est monté par les voies naturelles jusqu’au calcul, qui est retiré ou fragmenté au laser.
Une sonde JJ peut provoquer une gêne temporaire : envies d’uriner, douleurs au niveau du flanc, urines teintées de sang. Signalez toute fièvre ou douleur importante.
Que faire à la maison ?
Suivez les prescriptions et les consignes de votre médecin, et prenez les médicaments de façon systématique, sans attendre que la douleur redevienne forte.
Buvez normalement, selon votre soif et les conseils reçus. Boire de très grandes quantités pour « faire passer » le calcul n’est pas recommandé car cela n’accélère pas son élimination et peut augmenter la douleur.
Filtrez vos urines si on vous l’a demandé (filtre à café ou passoire fine) pour récupérer le calcul. Conservez-le dans un petit récipient et apportez-le à votre médecin ou au laboratoire : son analyse aide à choisir la prévention adaptée.
Surveillez votre température, la quantité d’urines et la douleur. Une chaleur douce sur le flanc (bouillotte tiède, sans risque de brûlure) peut soulager parfois la douleur
Respectez le rendez-vous de contrôle, même si la douleur a disparu : la fin de la douleur ne prouve pas que le calcul est passé, ni que l’urine s’écoule normalement. Un calcul qui reste en place peut abîmer le rein, même en absence de douleur
Consultez sans attendre en cas de fièvre, des frissons, des vomissements, une baisse des urines ou une douleur qui n’est plus contrôlée.
Comment éviter un nouvel épisode ?
Les calculs peuvent récidiver : selon les études, environ une personne sur deux fait une nouvelle crise dans les années qui suivent. La prévention dépend du type de calcul et de vos antécédents, d’où l’intérêt de faire analyser le calcul et, parfois, de réaliser un bilan complémentaire (analyses sanguines et urinaires).
Les mesures générales sont les suivantes :
Boire suffisamment et régulièrement, tout au long de la journée, pour obtenir des urines claires. Les recommandations visent généralement au moins 2,5 litres d’urine par jour (parfois davantage selon le type de calcul), ce qui suppose en pratique de boire environ 2,5 à 3 litres, et plus en cas de chaleur ou d’activité physique. Pensez aussi à boire en soirée. L’eau est la boisson de choix ; limitez les boissons sucrées et les sodas. Demandez conseil si vous avez une maladie du cœur ou du rein nécessitant de limiter les liquides.
Limiter le sel (plats préparés, charcuterie, fromages très salés, chips, pain en excès), car un excès de sel favorise les calculs calciques.
Garder des apports normaux en calcium : ne supprimez pas les produits laitiers ou les aliments riches en calcium sans avis médical. Les restrictions en calcium peuvent au contraire favoriser certains calculs.
Adapter les protéines : éviter les excès de viande et de charcuterie, en privilégiant une alimentation variée et équilibrée, riche en fruits et légumes.
Rester prudent avec les compléments : évitez les compléments de calcium ou de vitamine C à forte dose sans avis médical.
Surveiller son poids et maintenir une activité physique régulière.
Certains calculs (acide urique, cystine, ou liés à une infection urinaire) ou certaines maladies associées demandent des mesures spécifiques, parfois un traitement médicamenteux. Attention : ne suivez pas de régime restrictif de votre propre initiative.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une crise ?
La douleur la plus intense dure en général plusieurs heures en l'absence de traitement, par épisode, mais l’élimination complète du calcul peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Un traitement adapté soulage la douleur pendant ce temps.
Puis-je travailler, conduire ou faire du sport ?
Tant que la douleur n’est pas bien contrôlée, il est préférable de vous reposer. Ne conduisez pas si vous prenez un traitement qui provoque de la somnolence, ni si la douleur peut survenir brutalement. Une reprise progressive est possible ensuite ; votre médecin pourra vous indiquer la durée d’un éventuel arrêt de travail.
Puis-je avoir une colique néphrétique pendant la grossesse ?
Oui, mais c’est une situation qui nécessite une prise en charge médicale rapide et spécialisée : certains médicaments sont contre-indiqués et l’examen de choix est l’échographie. Consultez dès les premiers symptômes.
À retenir Une colique néphrétique peut être très douloureuse, mais on peut la traiter. Fièvre, frissons, absence d’urines, vomissements persistants ou douleur incontrôlable sont des signes d’alerte qui justifient une prise en charge urgente. Prenez uniquement les traitements prescrits, filtrez vos urines si on vous le demande, respectez votre suivi même sans douleur, et adoptez les mesures de prévention (hydratation, peu de sel, calcium normal). En cas de doute ou d’aggravation, demandez rapidement un avis médical. |
Sources d’information
EAU, Guidelines on Urolithiasis : https://uroweb.org/guidelines/urolithiasis
NICE, Renal and ureteric stones: assessment and management (NG118) : https://www.nice.org.uk/guidance/ng118
Association française d’urologie (AFU), Recommandations 2022 du Comité de lithiase : https://www.urofrance.org/?p=96370
